L'à faire de décembre 2011
Pour L’à faire du mois, "bricoles et doux travaux, dite de décembre, dite l’ultime, dite tout ce qui brille", la Mère Castor nous propose : " Quoi de plus simple, en ces temps ruisselant de paillettes d’étoiles déchues d’électricité gaspillée de cités enguirlandées, de choses enfin qui brillent. Il suffit de sortir un petit accessoire qu’on a chacun rangé dans le tiroir à mots, qu’on peut brandir dès que l’occasion se présente, mais que les plus sages d’entre vous laissent volontiers au placard :... cette bonne vieille brosse à reluire qui fait briller les chaussures et frétiller d’aise les flattés de tout poil".
Alea jacta est, comme disait le divin César.
Ni poil ni plume

- Bofff... soupira la Baleine à Bosse d'un œil désabusé.
- Qu'est-ce qu'elle dit, la Baleine ??? grogna, d'un poil aigre, la Brosse à ongles.
- Elle dit : lequel brille le mieux ? rétorqua le Reporter de Radio-Front de mer, 182.5, en consultant ses notes.
- Mais non ! Elle dit que c'est le Ver Luisant, sans nul doute. Et que tous les autres ont l'œil terne, les mots obscurs, le style plat, le verbe mou et le sens interdit, rapporta sournoisement la Brosse à Ongles.
- ??? fit le Public.
- Qu'ils restent coi, quoi !
- Je rappelle, dit le Ver Luisant en fixant la Brosse à Ongles d'un ton indigné, que le jury doit rester neutre !
- N'empêche... Cher et Lumineux Président du jury, j'aurais plaisir à réécouter le texte de mon honoré adversaire Brosse à Chaussures, sussura dans le sens du poil la Brosse à Cheveux.
- Je rappelle, soupira le Ver Président en luisant de plus belle, que les concurrents n'ont pas le droit de faire de la lèche hors de la prose ou du poème en compétition.
- Arrêtez de couper les cheveux en quatre, coupa Coupe en Brosse. Est-ce que je peux avoir un autre coupe glacée chantilly nappée poivre et sel ??? Sans ça, je me taille.
- M'sieur Président, glapit la Brosse à Linge, si le public, en la personne dudit Coupe en Brosse, n'est pas capable de s'esbaudir au signal et de se raser en silence le reste du temps, je propose qu'on le tonde !
- Oh...celle-là-là, depuis qu'elle a perdu sa Planche à Laver...insinua mezzo voce la Planche à Voile...
- Bofff... soupira la Baleine d'un œil en berne Puis-je me permettre, Monsieur le Président ?
- Certes, je permets, permit d'une lueur empressée le Ver Luisant.
- Sachant que j'ai été invitée par erreur, commença-t-elle...
- Une bienheureuse faute de frappe, interrompit galamment le Président. Baleine à Bosse ou Baleine à Brosse...Voici une erreur inestimable qui nous vaut le plaisir et l'honneur de Votre Présence, et je ne saurais dire à quel point nous sommes sensibles à Votre Indulgente Attention en tant que Membre du Jury, que dis-je, en tant que Présidente d'Honneur de notre indigne jury. Silence, les indignes !
- Silence ??? Et La liberté de la presse ?!! Dois-je vous brosser un tableau verbal ? fit le Reporter tout hérissé.
- Mon poème est derechef dans le cirage, gémit la Brosse à Chaussures qui n'avait probablement pas ciré assez de pompes.
- La Presse Libre a aussi une question à poser à la Présidente d'Honneur du Jury, insista le Reporter dit Hérisson dans le civil.
- Faites, mon ami, souffla la Baleine que nul corset ne corsetait.
- Pourquoi un jury de Brosses, dans un concours de Brosse à Reluire, est-il présidé par un Ver Luisant ?
- Parce qu'il est le seul à ne pas s'en soucier, modula doucement la Baleine à Bosse. Incorruptible, il luit de lui-même, il est autosuffisant. Nul besoin de Brosse à Reluire. La nacre si soyeuse, si changeante, quelle lumière reflèterait-elle dans l'eau pâle de la nuit quand le doux soleil s'est éteint, si le Ver Luisant, par sa seule présence, ne dissipait les ténèbres les plus menaçantes et les plus... ténébreuses ?
- Quel style, quel panache !!! s'écria Le ver Luisant d'admiration tout retourné. Chère, très chère Baleine à Bosse, je remise au placard à balais les œuvres trop sagement peignées des concurrents ci-devant, saliva ce Ver Luisant que l'émotion faisait hoqueter comme un phare. A vous, à vous seule, je décerne le Grrrrand Prrrrix 2011 de la Brosse, dite à Reluire, que je vous remets à présent avec révérence (Pas une java, DJ, un menuet !) et qui n'est autre, ainsi que vos yeux, bleus tels l'aurore aux doigts de rose, le constatent en cet instant à jamais gravé dans le gazon, le Grand prix, dis-je, que dis-je, je ne dis pas, je le proclame, n'est autre que cette superbe brosse à dents en forme de Palme et munie, oui ! d'un manche en nacre. Viva ! Viva ! Vive la Baleine à Bosse, également Baleine à Brosse et vainqueur 2011 de notre Grrrrand Concourrrrs de la Brrrrosse !
- Je n'aurai qu'un mot, souffla la Baleine à Brosse en riant comme un peigne : c'est décoiffant !
Elle salua de cap en cap, ouvrit un grand sourire qui découvrait, faute d'ivoire dentaire, tous ses fanons, s'empara de la Palme de la Brosse 2011, dite A Reluire mais en nacre et à dents, puis, d'un grand coup de queue, elle s'élança dans les vagues marines et prit le large bleu en virant tribord.
- On a oublié le dentifrice, se lamenta un lamantin imberbe.
Le reporter nota la chose dans son carnet de choses à reporter.
Par ailleurs, le Ver Luisant ne faisait plus rien de spécial : il luisait, par pure habitude, et rien au monde ne lui faisait de l'ombre, pas même une plume d'ange.
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Le déluge
La Mère Castor, inspirée sans doute par la foule de parapluies envahissant nos jours aqueux, a lancé l'à-faire du mois sur le thème du déluge.
Soit.
Amis d'aujourd'hui (comme disait quelqu'un je crois) abritons-nous sous nos parapluies, car je vais vous conter une histoire de déluge.

Errare humanum est
(autrement dit : l'erreur est humaine)
Quarante jours et quarante nuits ! Le ciel pleuvait, le vent pleuvait, les arbres pleuvaient, les maisons pleuvaient, la terre elle-même pleuvait, et la mer, telle un Léviathan, en se gonflant avalait sans relâche les champs, les routes, les collines, les forêts, comme si elle voulait aller toucher le ciel par dessus les montagnes.
Le quarante-et-unième jour, Noé, ayant mis l'arche à la mer, ressentit un léger malaise en raison du tangage et du roulis ; mais il avait bâti un bon navire en vrai bois d'arbre et c'est d'un pas décidé qu'il s'engouffra dans les coursives pour contrôler son inventaire.
En bas, cela meuglait, piaillait, froufroutait et hululait, et, humant l'air lourd de la cale, il se fit la réflexion que les embruns auraient vite raison des mauvaises odeurs quand il aurait ouvert les écoutilles à bâbord et tribord simultanément. Ce qu'il ferait bientôt, sans doute, car la pluie jetait en hoquetant ses dernières gouttes.
Entre la section des fauves et celle des oiseaux, il avait placé un bananier, deux figuiers et deux poiriers. En dessous, un coussin fait de sacs de jute où il se laissa tomber, soufflant d'aise, muscles et pensées relâchés.
Soudain, une voix chuchota :
"Noé, n'as-tu rien oublié ?"
Sur sa droite, une lionne couchée posait sur lui un regard tout à fait indifférent. Sur sa gauche, des pigeons affairés piquaient du bec le plancher de leur cage.
Noé soupira et conclut qu'il avait rêvé ; puis il se souleva péniblement, ses os fatigués craquant en sourdine dans l'air lourd. Les pigeons, à peine dérangés, s'envolèrent un peu à son passage, mais c'était pure politesse.
Le lendemain, sous un ciel un peu plus clément, Noé entendit dans la cale ce même chuchotement, alors qu'assis sur le coussin de jute il massait sur son bras une ecchymose, baiser affectueux d'une jeune guenon.
"Noé, n'as-tu rien oublié ?"
La lionne lui tournait le derrière - pardon : le dos, et les pigeons avaient une querelle privée à l'autre bout de la cage.
Le jour suivant, un soleil radieux incendiait la mer d'émeraude lorsque Noé voulut en avoir le cœur net. Négligeant sa liste d'inventaire, il alla directement s'asseoir sur les sacs de jute. A force de réflexion, il avait fini par se persuader que seuls le bananier et un des deux figuiers ou poiriers, uniques organismes vivants en dehors des animaux, avaient pu servir d'intermédiaire à une voix peut-être divine, à défaut de buisson.
Pour la troisième fois, le message se fit entendre :
" Noé, n'as-tu rien oublié ?"
Le bananier, modeste, restait coi, remarqua Noé. Évidemment, quand on n'a qu'à allonger des rejets pour se reproduire...!!!
C'est alors que Noé sut ce qu'il avait oublié. Il blêmit, rougit, hoqueta et ouvrit toute béante une bouche tordue par un affreux désespoir : il n'y avait, sur son arche, pas la moindre madame Noé !
L'histoire nous enseigne que, bien plus tard, un auguste personnage s'est écrié : "Après moi, le déluge !". Noé n'aurait même pas cette consolation.
Errare humanum est, avait dit Sénèque en son temps.
Nous savons à présent que, si cette histoire est vraie, quelqu'un trouva une solution, puisque nous sommes ici nombreux. Si cette histoire est fausse, alors c'est que j'en ai menti, mais c'était pour distraire l'auguste assemblée. Levons nos verres et buvons, mes amis : à Noé, à la lionne, aux pigeons, au bananier... Surtout au bananier !
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A faire d'octobre : pourriture noble
Pour ce mois-ci, la Mère Castor a lancé les mots :
pourriture noble
Foin du raison ou du vin, c'est sur l'opportunité saisonnière ou l'opposion des mots que nous voici libres d'interprêter... ce qui m'apparaît comme un paradoxe.
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image : fantôme japonais, estampe
texte : haiku de Kobayashi Issa
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N.B. Autre paradoxe...
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Un phénix à l'école
Il s'envole... à la fin.
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Le Phénix Récalcitrant
Pour ce mois-ci, la Mère Castor nous propose comme thème : le Phénix, oiseau fabuleux qui renaît de ses cendres tous les 500 ans dans diverses mythologies, notamment dans l'Egypte ancienne où il porte le nom de Benou.
Thème à traiter comme il nous plaira, ce que j'ai traduit par n'importe comment.
(Dans la mythologie grecque, Chronos est le dieu du temps, comme son nom l'indique)
Le Phénix Récalcitrant
- Tiens !... Salut à toi, Benou... Un pélerinage sur ta montagne ?... Ou des vacances, peut-être ?
- Oh !... Salut, Roi. Euh... Dieu ?
- Tu peux m'appeler par mon petit nom, Benou. Depuis le temps qu'on se connaît, toi et moi...
- O.K....
- Aujourd'hui, c'est Ronos. Chronos, le calendrier, tu vois. Dieu, et toutes ces sortes de choses. Enfin, tu connais.
- Oui.
- Bon, c'est pas tout ça, faut que je me sauve.
- Allez, salut, Ronos !
- Salut à toi, mon ami. Non, ne te lève pas, c'est entre nous...Oh ! tant que j'y pense...
- Oui ?
- C'est pas aujourd'hui que tu renais ? Tu sais, le truc des 500 ans... D'après le calendrier, c'est aujourd'hui - si tu vois ce que je veux dire.
- ....
- Remarque, si tu as oublié, je comprendrai : 500 ans c'est rudement long, on a le temps d'oublier l'heure...
- fffffffffffff..........
- Je vois. C'est pas grave, tout le monde peut oublier un rendez-vous. Et puis c'est pas à la seconde. Remarque, j'attendrais bien une minute ou deux en ta compagnie, pour une fois. Après tout, c'est toi qui me représentes - avec les autres dieux, bien sûr. Tu es notre manifestation cyclique...
- Bla-bla-bla...
- Excuse-moi. L'enthousiasme, tu comprends... Mince, c'est pas une flamme qui vient de jaillir tes rémiges ? Ah ! non... fausse alerte.
- ...
- Allez, Benou... Fais un effort. Tu vois bien que le monde - que dis-je, l'univers - est en plein déclin. Ils sont à bout, en bas. Et, tu sais, même moi, je ne peux rien faire. C'est pas le boulot de Dieu. C'est ton job, tu comprends ???
- Ouais...
- Alors ???
-....
- D'accord. Dis-moi ce qui te dérange.
- ffffffff...
- D'accord, tu fatigues.
- ffffffff...
- Le feu, c'est joli un moment, mais on finit par se lasser.
- ffffffff...
- Et les programmes télé, c'est plus ce que c'était.
- ffffffff...!!!
- D'accord, je vais voir ce qu'on peut faire. Je note : davantage de westerns, des péplums et des films S.F.
- FFF !!!
- Mais ça va pas ??? Tu veux qu'on demande à Ellen Ripley de revenir dans un cinquième épisode ??? Alors qu'ils ont prévu une préquelle ???
- Naaan... le projet a changé. Ce sera un film indépendant de la série... Faut sortir un peu, Ronou !
- Benny, tu veux que je te dise : tu n'es vraiment pas sérieux. Tu me déçois, Benny, je dirais même : tu NOUS déçois. Et dire que j'ai pris la peine de venir jusqu'ici, sur cette montagne au milieu de nulle part, et avec ce vent qui glace les os... Tiens, un bon copain m'allumerait un petit feu, là, histoire de me décoincer les jointures...
- Je croyais que tu passais par hasard...???
- Et je commence à grelotter. C'est tout nouveau pour moi... Je me demande si les gens d'en bas connaissent cette sensation... C'que t'en dis, Benou ?
- ffffffff... Et voilà. Tu fiches en l'air mon expérience ! Euh... tu veux bien me gratter la tête, ça me démange, là , à gauche... merci !
- De rien. Une expérience, tu dis ? Aaaah ! un peu de chaleur... Attention, ton aile droite va flamber trop vite... Quelle expérience ???
- Je voulais juste savoir ce qui allait se passer si je ne faisais rien... Si les p'tis gars, en bas, sauraient s'en sortir tout seuls - et je pense bien que oui... Mais maintenant je ne le saurai jamais !!! fffffffff... Ronou, t'es vraiment pas un copain !
- Ben !...(criant vers le brasier) BENNYYYY !... Je t'attends ici et on en reparle tout à l'heure !!!
A faire de Juin : Feu follet
Dernier à-faire de la Mère Castor avant l'été. Fontaine, je ne boirai pas de ton eau...j'ai choisi le feu follet.
Cette fois, j'avais très envie de coudre, crocheter, photographier, découper et coller, mais voilà : j'ai deux mains gauches (autrement dit, je suis ambisenestre) qui savent tout juste tenir un stylo ou taper sur un clavier. Et puis... mais oui, mais c'est bien sûr ! J'ai déjà écrit un petit truc sur ce sujet... et voilà mon à-faire fait et que vais-je faire de tout ces mois sans nul à-faire jusqu'à l'automne ?
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